Oxyde nitrique

Le monoxyde d'azote : la molécule secrète de la respiration nasale

Jimmy THAI 6 min de lecture
Le monoxyde d'azote : la molécule secrète de la respiration nasale

Et si on vous disait que respirer par la bouche vous prive d'une molécule capable d'améliorer votre oxygénation sanguine de 10 à 18%. Difficile à croire. Cette molécule est pourtant produite en continu dans votre nez, elle a valu un prix Nobel à trois chercheurs et la grande majorité des gens n'en ont jamais entendu parler.

Le nez n'est pas un simple tuyau

La plupart des gens considèrent le nez comme un passage d'air. On inspire, l'air est filtré, réchauffé, humidifié. C'est ce qu'on apprend à l'école. C'est ce que la majorité des professionnels de santé continuent de répéter.

Sauf que c'est incomplet.

Le nez est une usine chimique. Les cavités qui l'entourent fabriquent un gaz en continu, jour et nuit. Ce gaz change la qualité de chaque inspiration. Il porte un nom : le monoxyde d'azote, abrégé "NO" dans la littérature scientifique.

Et il n'est disponible que par le nez. Pas par la bouche.

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Un prix Nobel pour une molécule que personne ne connaît

Pour comprendre pourquoi ce gaz compte autant, il faut revenir en 1998.

Cette année-là, trois chercheurs américains (Robert Furchgott, Louis Ignarro et Ferid Murad) reçoivent le prix Nobel de médecine. Leur découverte : le monoxyde d'azote est une molécule de signalisation majeure du système cardiovasculaire. En clair : c'est elle qui ordonne aux vaisseaux sanguins de se relâcher et de s'ouvrir. Ce phénomène s'appelle la vasodilatation. Les vaisseaux s'élargissent, le sang passe plus facilement.

Quand le NO est présent, le sang circule mieux. La pression artérielle baisse. Les organes reçoivent davantage d'oxygène. Le monoxyde d'azote intervient aussi dans la réponse immunitaire, la transmission nerveuse et la cicatrisation. C'est l'une des molécules les plus polyvalentes du corps humain.

Jusque-là, rien à voir avec le nez.

Ça vient.

1995 : la découverte qui aurait dû tout changer

Trois ans avant ce Nobel, en 1995, deux chercheurs suédois du Karolinska Institutet de Stockholm (Jon Lundberg et Eddie Weitzberg) publient une étude dans Nature Medicine. Le sujet : les sinus paranasaux. Ces petites cavités creusées dans les os du crâne, autour du nez, au niveau des joues, du front et entre les yeux.

Leur constat : ces cavités sont des usines à monoxyde d'azote.

La fine couche de cellules qui tapisse l'intérieur des sinus (l'épithélium) exprime en permanence une enzyme appelée NO-synthase. Cette enzyme fabrique du monoxyde d'azote en continu, 24 heures sur 24.

Les quantités produites ne sont pas anecdotiques.

Les mesures directes réalisées dans les sinus maxillaires sains montrent des concentrations entre 3 000 et 25 000 ppb (parties par milliard, une unité de mesure des gaz). Certaines mesures dépassent 30 000 ppb. Pour donner un ordre de grandeur : ces concentrations sont proches des seuils maximaux de pollution atmosphérique autorisés. Sauf que dans ce cas, c'est le corps humain qui fabrique ce gaz volontairement, dans un espace confiné, pour des raisons bien précises.

Pourquoi le nez produit du NO et pas la bouche

Voilà le point central.

Le monoxyde d'azote est produit dans les sinus paranasaux pendant l'inhalation par le nez. Il n'est pas produit pendant l'inhalation par la bouche. Pas un peu moins : zéro.

Quand on respire par le nez, l'air traverse les cavités nasales, se charge en NO au passage des sinus, puis descend dans les poumons. Quand on respire par la bouche, l'air va directement dans les poumons sans passer par cette "station de recharge".

Les chercheurs ont nommé ce mécanisme "fonction aérocrine". Le NO fonctionne comme une hormone, sauf qu'il ne circule pas dans le sang. Il circule dans l'air respiré. C'est un messager gazeux qui fait le trajet du nez aux poumons à chaque inspiration.

Autrement dit : chaque inspiration nasale est une livraison de monoxyde d'azote aux poumons. Chaque inspiration buccale est une livraison à vide.

Les chiffres que personne ne vous a donnés

On arrive aux données concrètes.

En 1996, l'équipe de Lundberg publie une étude dans Acta Physiologica Scandinavica. Elle mesure la différence entre respiration nasale et buccale chez l'humain :

  • Chez les sujets sains : la pression transcutanée en oxygène était 10% plus élevée pendant la respiration nasale par rapport à la respiration buccale (observé chez 6 sujets sur 8) ;
  • Chez les patients intubés : l'ajout d'air provenant des cavités nasales a augmenté la pression partielle en oxygène dans le sang artériel de 18% (6 patients sur 6, soit 100% des cas) ;
  • La résistance vasculaire pulmonaire (la difficulté que le sang a à circuler dans les poumons) a diminué de 11% avec l'ajout d'air nasal.

Le mécanisme est simple. Le NO qui arrive dans les poumons agit comme un vasodilatateur local. Il relâche les vaisseaux sanguins au niveau des alvéoles, ces petits sacs où se font les échanges gazeux. Quand ces vaisseaux sont plus ouverts, davantage de sang circule au contact de l'air. L'oxygène passe plus facilement dans le sang.

En résumé : respirer par le nez améliore l'oxygénation du sang de 10 à 18% par rapport à la respiration par la bouche. Pas grâce à un filtre. Pas grâce à l'humidification de l'air. Grâce au monoxyde d'azote.

On respire en moyenne 17 000 fois par jour. Chaque respiration nasale est une dose de NO. Par la bouche, c'est 17 000 doses manquées.

Un antibiotique naturel intégré dans le nez

L'oxygénation n'est pas le seul bénéfice.

Le monoxyde d'azote est aussi un agent antimicrobien puissant. Les concentrations présentes dans les sinus sont suffisantes pour inhiber directement la croissance des bactéries, des virus et des champignons. C'est une première ligne de défense qui fonctionne en continu, sans ordonnance.

Plusieurs études ont montré que les personnes souffrant de sinusites chroniques présentent une activité de NO-synthase nettement plus faible. Moins de monoxyde d'azote dans les sinus, c'est moins de protection, donc plus d'infections. Les patients atteints de mucoviscidose ou de dyskinésie ciliaire primitive (une maladie génétique qui empêche les cils des voies respiratoires de fonctionner correctement) ont des niveaux de NO nasal très bas, parfois indétectables. Ce qui explique en partie leur vulnérabilité aux infections respiratoires.

Un chiffre à retenir : jusqu'à 16% de la population souffre de sinusite. Le lien avec un déficit en NO est de plus en plus documenté par la recherche.

Comment augmenter naturellement le monoxyde d'azote nasal

La question que tout le monde se pose : peut-on augmenter la quantité de NO disponible dans les sinus ?

Oui. Les méthodes sont simples.

Le fredonnement

En 2002, Weitzberg et Lundberg publient une étude dans l'American Journal of Respiratory and Critical Care Medicine. Le protocole : 10 sujets sains expirent par le nez en fredonnant, un simple "hmmmmm" bouche fermée. Le résultat : le taux de NO nasal exhalé est multiplié par 15.

Quinze fois plus de monoxyde d'azote. Juste en fredonnant.

L'explication est mécanique : les vibrations sonores augmentent les échanges d'air entre les sinus et la cavité nasale. Le NO accumulé dans les sinus est libéré en grande quantité, puis inhalé à l'inspiration suivante. C'est gratuit, sans effets secondaires et faisable n'importe où.

La respiration alternée

Les exercices de pranayama (on respire par une narine en bouchant l'autre, puis on inverse) sollicitent les sinus paranasaux. En limitant le flux d'air à une seule narine, on rallonge le temps de contact entre l'air et les muqueuses. Ce qui favorise l'accumulation et la libération de NO.

L'inspiration lente

Inspirer lentement par le nez plutôt qu'une grande inspiration rapide maintient le contact plus longtemps entre l'air et les sinus. L'air se charge davantage en monoxyde d'azote avant d'atteindre les poumons.

Ce qu'il faut en retenir

Respirer par le nez n'est pas une question de confort. C'est un processus biochimique actif qui charge chaque inspiration en monoxyde d'azote. Cette molécule :

  • Dilate les vaisseaux pulmonaires et améliore l'oxygénation du sang de 10 à 18% ;
  • Détruit bactéries, virus et champignons dans les voies respiratoires ;
  • Stimule l'activité ciliaire, le système de nettoyage naturel des voies aériennes ;
  • Participe à la régulation de la pression artérielle.

La prochaine fois que quelqu'un dira que respirer par la bouche ou par le nez revient au même, la science dit le contraire. Il y a un prix Nobel de différence.

Jimmy THAI
À propos de l'auteurJimmy THAICo-fondateur

Je m’appelle Jimmy. Je suis passionné de sport et, depuis de nombreuses années, je m’intéresse à tout ce qui peut permettre de mieux s’entraîner, mieux récupérer et simplement se sentir mieux au quotidien.

Cette passion m’a notamment conduit à développer Docteur-Fitness.com, un média à travers lequel je partage depuis plusieurs années des contenus autour du sport, de la nutrition, de la santé et de la performance.